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e-santé et digital patient : la révolution numérique de la santé est en marche

   

En avril 2016, Lyonbiopôle a co-organisé avec les Hospices Civils de Lyon, dans le cadre de BIOVISION, une session sur un sujet d’actualité : le digital patient. Ce workshop, et la session plénière qui en a découlée, ont permis aux PME, industriels, associations de patients, cliniciens, économistes de la santé présents d’aborder le sujet digital patient sous différents angles : réglementaire, protections des données, objets connectés. Zoom sur cette révolution.

 

BIOTECH, MEDTECH & DIGITAL : UN PROFOND CHANGEMENT

 

Vecteur d’une 3ème révolution industrielle, le digital (et ses technologies de pointe) bouscule nos comportements sociaux et modifie nos industries « biotech » et « medtech ». Que nous parlions d’Internet des Objets (IoT), d’ubérisation des services ou encore d’impression 3D, les enjeux de demain se construisent autour de valeurs clés comme l’hyper-connectivité, l’instantanéité ou encore la mobilité. 

Un constat bien intégré par Donald Jones, Chief digital officer à Scripps Translational Science Institute en Californie qui a exprimé lors de BIOVISION sa vision future de la santé par : « Check your health as your emails ».

 

 

Afin de répondre au mieux à ces questions, nous avons croisé les regards de Catherine CERISEY, co-fondatrice de Patients & Web ; Alain RUFFION, chef de service aux Hospices Civils de Lyon et Marc FROUIN, Directeur Général de BioSerenity. Ces trois experts de la santé issus de différents domaines nous proposent des approches complémentaires et divergentes du digital patient.

 

L’ERE DE LA DONNEE

 

La démocratisation des nouvelles technologies, dont le smartphone, a permis l’explosion de la production de données provenant en partie des systèmes de mesures.

 

« La mesure a toujours été au cœur de la santé », nous raconte Marc FROUIN. Pression sanguine, température, électrocardiogramme, encéphalogramme, impédancemétrie, output cardiaque… qu’elles soient complexes ou simples nous récoltons de plus en plus de données. Une fois récoltées, elles peuvent être transférées via internet et exploitées.  Le projet novateur « Neuronaute » de BioSerenity, couplant vêtement intelligent, application mobile et traitement de données dans le cloud en est une illustration parfaite.

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Les objets connectés sont pourtant loin d’avoir le monopole de la data. Aux Hospices Civils de Lyon, par exemple, un système informatique innovant met en concert l’ensemble des données récoltées. Premier avantage décrit par Alain RUFFION : « une amélioration du chemin clinique », mais aussi un meilleur accès à l’information. « Il y a 20 ans, les recherches se faisaient dossier papier par dossier papier » ajoute-t-il.

 

Encadrée par des commissions, l’utilisation des données est strictement réglementée. Les médecins, les chercheurs, accèdent parfois difficilement aux informations qui leur permettraient d’étayer leurs hypothèses. L’accès à une grande quantité de données permet d’obtenir des tendances de résultats nécessaires au travail de recherche médicale. Si la question de la protection des données n’est pas remise en cause, Catherine CERISEY apporte un éclairage intéressant : « Qu’est-ce qu’une donnée de santé ? Qu’est-ce qui fait qu’elle est sensible ? ». Par exemple, nos smartphones peuvent traquer les pas que nous effectuons durant la journée. Pour une personne en condition physique « normale », cela ne représente pas une donnée sensible.  Seulement dans le cas d’une personne en surpoids, ou ayant des problèmes cardiaques ces données prennent une toute autre importance. Une définition correcte permettrait de rationaliser et d’encadrer l’utilisation de telles données.

 

LE PATIENT AU CENTRE

 

« On soigne mieux, car nous avons une vision plus complète et immédiate » nous raconte Alain RUFFION. Le constat est simple : il est désormais possible d’accéder en quelques clics aux antécédents du patient, aux interactions médicamenteuses possibles, ou encore à des contre-indications de prescriptions médicales. Toutefois, si le dossier d’un patient provient d’un autre établissement, les informations ne seront pas accessibles pour le successeur. La question d’un système de données commun s’impose comme un des futurs challenges du monde hospitalier et soulève dans le même temps des interrogations éthiques sur le « bon usage » des données collectées.

 

Les objets connectés eux, apparaissent comme l’une des meilleures solutions en médecine préventive, notamment pour les maladies chroniques : diabète, épilepsie, problèmes cardiaques…  Existe-t-il des contreparties ? Lors de BIOVISION, l’un des intervenants, Claude LE PEN1 attirait l’attention sur le fait qu’ « une bonne information est rare et a un coût ». Faut-il faire payer ces nouvelles solutions ou les données du patient doivent-elles être monnayées ? Pour Catherine CERISEY, la santé doit rester gratuite et accessible à tous. Il est indispensable de se positionner face aux GAFA2 et d’encadrer la récolte des données souvent faite à notre insu. « Qui lit complètement les CGU3 d’une application ? », ironise la co-fondatrice de Patients & Web. Le patient doit être au centre des débats entre institutionnels et professionnels pour s’inscrire pleinement dans la démarche de « Démocratie Sanitaire ».

 

L'ECONOMIE DU TEMPS

 

Les technologies de l’information contractent le temps et l’espace : la télémédecine en est le symbole. Les temps de gestion sont clairement améliorés comme nous le confiait Alain RUFFION : pas de ressaisie des infirmières, des courriers plus facilement dictés aux assistantes, un accès et un transfert des informations immédiats…

 

Mais les professionnels de santé sont de plus en plus sollicités via les canaux de communication digitaux (SMS, mail, appel). Cette nouvelle charge de travail n’étant pas cadrée, ni rémunérée : doit-on imaginer de nouveaux modèles économiques et organisationnels ? La réponse se trouve peut-être dans l’équilibre apporté par les nouvelles technologies. Nous pouvons désormais suivre les patients à distance, générer des alertes personnalisées, et ainsi éviter de surcharger les urgences ou les cabinets de médecins. Avant cela nous rencontrerons sans doute un frein lié aux habitudes des patients : « Allez-vous choisir d’être surveillé à distance par le cardiologue d’un service renommé ou serez-vous plus rassuré en allant voir votre médecin tous les mois ? » soulève Marc FROUIN. En parallèle, pour pallier aux freins économiques, nous devrons passer le cap de la démocratisation des objets connectés. Plus les coûts seront faibles, plus notre système de santé pourra s’enrichir de ces instruments de mesures complexes et variés.

 

Comment proposer des informations de qualité et sécurisées qui soient à la fois gratuites et accessibles ? Comment traiter les données collectées pour leur donner une valeur autre que celle liée à leur simple agréation ? Comment mettre en commun nos données pour faire avancer la médecine préventive et la recherche ? Faudra-t-il que les médecins prescrivent des applications au même titre que des médicaments ?
Les organismes officiels et les entreprises doivent convenir de nouveaux standards et normes pour unifier et gérer ces nouvelles masses de données… tout cela sans jamais oublier leurs raisons d’être : la santé du patient.                                                                                                                     

 

Retrouvez en vidéo les plénières et interventions co-organisées par Lyonbiopôle sur le Digital Patient ici !

 

1 Professeur à l'université Paris-Dauphine à la tête d’un master en économie de la santé

2 GAFA : acronyme désignant les géants du web représentés essentiellement par : Google, Apple, Facebook, Amazon.

3 Conditions Générales d’Utilisation

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